Les frères GRIMM à l’Université

par | Juil 10, 2020

de 1802 à 1805

N’appartenant pas à une classe sociale suffisamment élevée, c’est avec une dérogation que Jacob et Wilhelm Grimm entrent tous deux à l’Université de Marbourg à 17 ans (en 1802 pour Jacob et en 1803 pour Wilhelm) ; dérogation obtenue grâce aux appréciations élogieuses de leurs professeurs et à différents soutiens.

Pour autant, cela ne signifie pas l’octroi d’un soutien financier par l’administration car les étudiants les plus démunis n’ont pas d’aide. Leur père n’appartenait qu’à la 8ème classe, et on ne pouvait prétendre à une bourse qu’à partir de la 7ème. Le meilleur ami de Jacob, Ernst Otto von der Malsburg, fils de la haute noblesse hessoise, touche quant à lui une confortable pension.

Un de leurs enseignants, Friedrich Karl von SAVIGNY, de six ans leur aîné, est descendant d’une famille huguenote lorraine, installée en Allemagne après la révocation de l’Edit de Nantes (1685). Orphelin de père et de mère, adopté par un ami de son père, Savigny fait de brillantes études à l’Université de Marbourg et de Göttingen. Les résultats des Frères Grimm attirent son attention. Il invite Jacob à puiser dans sa propre bibliothèque, et lui prête tout ce qu’il veut.

Jacob se plonge dans les études malgré des méthodes pédagogiques déplorables. Il sait que les matières comme le droit naturel, l’histoire du St Empire, le droit romain, le droit public, privé et pénal, vont lui servir dans sa future profession au sein de l’administration publique. Savigny se démarque parmi les enseignants et s’avère être un pédagogue remarquable, un modèle pour les frères.

Mais bientôt, Jacob et Wilhelm doivent s’avouer que la littérature les intéresse bien plus que le droit. Leur amour pour les livres les pousse à dévorer de nombreuses œuvres. Grâce à cela, ils entrent en contact avec les “Minnelieders”, chansons d’amour du Moyen-Âge allemand. Ces lectures éveillent une étincelle chez Jacob qui s’enthousiasme pour ce monde inconnu. Les trésors poétiques du passé et la langue des anciens constituent une terre nouvelle qu’il convient d’explorer et à laquelle donner jour.

Les Frères GRIMM intègrent le cercle d’amis de Savigny. Ce cercle se rencontre très souvent, on y parle littérature, poésie, mais aussi liberté de l’individu. La politique occupe également une bonne partie des conversations.

Dans ce cercle d’amis, se rencontrent, outre Savigny et les Frères Grimm : Achim von Arnim ; le poète Clemens Brentano de retour de voyages lointains qui épouse Sophie Mereau en 1803 ; Bettina Brentano, sa sœur, qui épouse Achim von Arnim ; Kunigunde Brentano (dite Gunda), une autre sœur, qui épouse Savigny (1804). Vingt personnes fréquentent ce cercle dit  » du Vendredi « , où on ne parle que le français.

On note en particulier la famille Hassenpflug, qui compte parmi les grandes familles de Kassel, et dont le fils Ludwig Emil épousera Lotte, la sœur des Grimm. Mais aussi la famille Wild, où on lit des contes de génération en génération. Dorothea Wild, future épouse de Wilhelm, est l’amie de Lotte Grimm.

C’est dès cette période que les Frères Grimm organisent la collecte et la publication des Contes populaires qui les ont rendus célèbres (à voir dans la biographie suivante, centrée sur les Contes faisant l’objet d’un prochain article)

Napoléon recompose une nouvelle carte de l’Allemagne, réunissant et remodelant les états allemands, alors au nombre de 300, en en soumettant certains à son autorité. Trois millions d’Allemands changent de régime politique. En particulier, le Land de Hesse-Kassel où vivent les Frères Grimm, est annexé au Royaume de Westphalie. Le souverain de Hesse-Kassel est nommé Prince électeur. Les armées françaises, prussiennes, autrichiennes et allemandes de divers landers traversent les terres en tous sens, pillant et réquisitionnant bêtes et fourrages.

Début Mars 1804, Savigny écrit d’élogieuses appréciations à propos de Wilhelm, c’est un professeur exigeant et clairvoyant qui sait stimuler les divers talents de ses étudiants modèles.

Dès janvier 1805, les deux frères doivent songer à gagner rapidement leur vie. Ils retournent dans leur famille. Jacob aspire à entrer dans la haute administration de son pays, afin de remplir son rôle d’aîné en venant en aide à sa mère et permettre ainsi à ses frères la poursuite d’études conformes au statut de la famille.

C’est à ce moment que Savigny fait venir Jacob à Paris ; il lui demande d’interrompre ses études afin de mener différentes recherches sur le Droit dans les bibliothèques parisiennes, dont la Bibliothèque nationale. Jacob hésite. Mais il sait qu’il pourrait y trouver des œuvres littéraires allemandes anciennes, qui l’intéressent au plus haut point. Wilhelm le pousse à accepter cette proposition unique.


Dans ce voyage en 1805, Jacob, qui a 20 ans, passe à Mayence, puis à Metz, où il admire la cathédrale. A Paris, maîtrisant parfaitement le français, il découvre le théâtre de France. Il passe son temps à la Bibliothèque Nationale, pour consulter de vieux manuscrits de Droit romain. Il compare, fait des découvertes. Il dispose de quelque 160 000 manuscrits, un vrai trésor ! Il n’oublie pas leur préoccupation commune avec Wilhelm, et cherche assidûment des merveilles de la langue allemande du passé.

suite … au prochain article par nos « petites plumes »

A tout bientôt, le 10 du mois…