L’ÉCRITURE DES CONTES (1812-1815) se poursuit (2ème partie)

par | Nov 13, 2020

Jusqu’au 21 décembre, jour du solstice d’hiver, nous descendons pas à pas au coeur de l’Être, pour un temps de fiançailles à la rencontre de notre royauté intérieure. La naissance du Christ le 25 décembre, nous achemine alors vers un nouveau cycle par les 12 nuits saintes qui nous relient à la fête de l’Épiphanie. Instant béni d’épousailles à notre Âme !
Alors
rendez-vous en décembre… pour quelques surprises de fin d’année !
En attendant cette période particulière, en vous souhaitant à tous le meilleur, laissons place à nos petites plumes en les remerciant encore pour leurs recherches effectuées avec tant d’investissement.
B
onne lecture.

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Le premier tome des Contes pour l’enfance et le foyer paraît pour la première fois fin 1812, sous la signature collective Frères Grimm, sans la mention du nom des contributrices. C’est aussitôt un immense succès, qui leur vaut l’envoi de nouveaux contes. Il y a aussi des critiques sévères, en particulier sur la violence des contes. Jacob répond que lorsqu’ils étaient enfants, on leur lisait un passage de la Bible chaque soir, sans souci de limiter la violence. Clemens Brentano est déçu, peut-être jaloux.

Pour la collecte des contes en vue d’autres tomes, deux grandes familles se rapprochent des Frères Grimm : les familles von Haxthausen et von Droste-Hülshoff.

Werner von Haxthausen, spécialiste de chants grecs anciens, leur présente ses soeurs, nouvelles contributrices enthousiastes : Anna, Sophie, Ludowine et Ferdinande, âgées de 10 à 34 ans, qui fourniront quantité de contes, ainsi que leur frère Auguste qui prendra note avec grand intérêt des contes rapportés. Aristocrates très cultivées, les filles du Baron von Haxthausen parcourent les villages et savent donner confiance aux gens simples, «bergers, vieilles femmes des villages, nourrices» pour se faire raconter de nouveaux contes, y compris en patois. Ces jeunes femmes suivent ainsi naturellement leur profond intérêt pour le folklore (elles ont créé une anthologie des chansons qu’elles connaissent). Les Frères Grimm trouvent du charme aux contes en patois, « un air d’innocence et de naïveté ».

Annette von Droste-Hülshoff, de caractère très ombrageux, et sa sœur Jenny, très grande amie de Wilhelm, contribuent également. Annette et Wilhelm Grimm ont été en conflit toute leur vie au sujet de la publication des contes. Annette, future auteure allemande majeure, souhaitait publier sous son nom (suivant en cela la tradition dans laquelle on retrouve Charles Perrault, Mme d’Aulnoy), contrairement à Wilhelm qui tenait absolument au caractère quasi-divin de l’écriture d’origine. La dispute concerne également le fait de ne pas nommer les contributrices dans le recueil. Wilhelm et Jacob ne considèrent pas que celles qui rapportent les contes en sont les auteurs ; ils se présentent eux-mêmes comme des universitaires garants de l’authenticité de ce qui est collecté, et non comme auteurs.

Enfin, dès la collecte pour un deuxième tome, les Frères Grimm rencontrent celle qu’ils considèrent comme la conteuse idéale, Dorothea Viehmann, dont leur frère Ludwig Emil fait un portrait. Dorothea, née Pierson, est arrivée dans son enfance à Kassel, avec ses parents français protestants huguenots chassés de France. Ils tenaient une auberge où elle a pris plaisir à entendre de très nombreux contes et récits de voyageurs. Veuve d’un tailleur, cultivée mais désargentée, elle survit pendant cette guerre en vendant les produits de son jardin. Elle raconte merveilleusement, elle a une mémoire prodigieuse et une intelligence vive. Elle peut répéter les contes inlassablement sans changer un mot au texte.

En 1815, paraît le deuxième tome des Contes pour l’enfance et le foyer, avec 70 contes, 70 pages de commentaires et 2 contes « complémentaires ». Il n’y aura pas d’autres tomes, mais des éditions remaniées et augmentées paraîtront régulièrement du vivant des Frères Grimm et depuis. Plus tard, les frères Grimm publient un recueil des 50 contes principaux pour les enfants, illustré par leur frère Ludwig Emil.

Dans les commentaires de ce deuxième tome, les Frères Grimm apportent des éclairages importants sur tout le domaine de la culture traditionnelle. En particulier, parmi les écrits imaginaires, ils différencient les contes et les légendes, montrant que celles-ci partent d’un personnage historique ou d’un lieu connu. Comme ils l’ont fait pour les contes, ils lancent un appel à la collecte, demandant que l’on recopie fidèlement les légendes locales relatives aux lieux, montagnes, rivières, marécages, châteaux, tours, clochers, monuments de la préhistoire…

A nouveau dans ce deuxième tome des Contes, les contributrices ne sont pas nommées, mais les Frères Grimm décrivent dans l’ouvrage même, l’archétype de la conteuse idéale, leur Märchenfrau (« femme des contes »), qu’ils présentent à leur façon comme une femme de paysan, connaissant quantités de contes de source orale à travers les générations, racontant avec intelligence dans un langage vivant et captivant, avec la mémoire des mots précis.

Les deux tomes des contes, 200 contes au total, sont régulièrement publiés dans le monde entier aujourd’hui encore. On peut considérer qu’en sortant de la seule tradition orale, en produisant un recueil de textes écrits, transmissibles, traduisibles, les frères Grimm ont rendu ces contes vraiment « populaires ». Ceux-ci sont passés dans de nombreux pays, et dans toutes les couches de la société. Ils ont ensuite inspiré les créateurs de dessins animés, en particulier Disney, qui en a cependant fortement modifié le contenu. Le recueil des frères Grimm demeure une référence incontournable à la tradition d’origine.